Pourquoi être allés en Grèce ?

Sifnos, Grèce, 3 août 2016

Par Gen

Depuis que Jean-François et moi voyageons ensemble, nous avons toujours essayé d’éviter l’Europe parce que c’est hors de nos moyens de globe-trotters ! Même si nous savons que ce continent a beaucoup à offrir; il n’en demeure pas moins qu’il coûte cher au porte-monnaie. Le taux de change avec l’Euro est, depuis un bon moment, assez élevé alors avant même d’avoir dépensé un sous, on est perdant. Ceci étant dit, je caressais le rêve de visiter la Grèce depuis fort longtemps.Parthenon

À l’automne 2015, je suis tombée enceinte et la date prévue de mon accouchement était le 3 août 2016. J’avais donc prévu de passer un été tranquille au Québec, avec ma grosse bedaine, et me reposer avant mon accouchement. Le sort en a décidé autrement. Lorsque j’ai passé ma deuxième échographie, en février 2016, les médecins ont détecté de graves malformations physiques chez mon fœtus. Quelques jours plus tard, le diagnostic officiel de l’amniosynthèse confirmait que mon bébé était porteur de la trisomie 18. Il fallait prendre une décision et nous avons choisi l’interruption médicale de grossesse. Le 26 février 2016, j’accouchais d’un petit garçon de 19 semaines que nous prénommions Gabriel. Il n’a pas survécu à l’accouchement, mais nous avons pu le voir, le prendre, lui parler, lui faire nos adieux.

Sifnos-J-FLa douleur est si intense après un événement comme celui-ci qu’on ne sait plus trop où on en est…On perd le Nord. Mais la réalité nous rattrape toujours, celle de la perte. Pour m’aider à traverser mon deuil, j’ai demandé à Jean-François de partir en voyage l’été où je devais accoucher. Même si le projet de voyage (et le voyage en soi) ne peut pas remplacer la naissance d’un enfant en santé, j’avais besoin de savoir que quelque chose de « grandiose » m’attendait, qu’il y avait quelque chose devant moi l’été prochain. Mon ventre était vide, mais j’avais autre chose à planifier. C’est ainsi que nous avons décidé, sur un coup de folie, de partir en Grèce pour un mois et de traverser la « date prévue d’accouchement » loin de chez-nous, loin de tout ça, dans un environnement tout à fait dépaysant.  En toute lucidité, nous savions très bien que nous n’avions pas vraiment les moyens de se payer ce voyage-là, mais il n’y avait pas de prix à mes yeux pour réaliser un rêve qui remplacerait le bonheur d’avoir un deuxième enfant.

Voilà pourquoi nous nous sommes retrouvés en Grèce cet été, avec notre petite Marianne, et Gabriel dans nos cœurs.Marianne-Gen-Bateau Nous avons fait un magnifique voyage et souvent, en toute conscience, je me disais: « C’est grâce à Gabriel si nous sommes là »…Je ne savais pas si je devais dire « Grâce à Gabriel » ou « À cause de Gabriel ». Autant j’avais de reconnaissance envers lui de me faire vivre toute cette extase, autant j’avais de culpabilité de me sentir heureuse suite à ce grand malheur ! Quand cette ambivalence m’habitait, je me répétais que Gabriel était là, avec moi, et qu’il pouvait ressentir ma gratitude, qu’il était content pour moi. Le 3 août, je me suis retrouvée à observer des dizaines de papillons venant butiner dans l’arbuste près du balcon de notre bungalow à Marianne-fleursSifnos. J’ai senti que c’était lui qui me saluait, qu’il me montrait toute sa légèreté, toute sa beauté ! Sur le vol de retour avec Air Canada, il y avait
deux agents de bord masculins parmi tout le personnel sur l’avion. C’était deux beaux jeunes hommes de 20-22 ans environ, deux Québécois se prénommant Gabriel ! Un autre clin d’oeil de notre ange, à 30 000 pieds d’altitude, au-delà des nuages 😉

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